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Le cycle de la violence expliqué aux enfants

Au commencement, nous retrouvons un climat propice à la dispute (tension dans le couple), vient ensuite l’agression, celle-ci survient au moment où la colère de l’agresseur éclate, réduisant la victime aux coups et aux insultes. La justification est utilisée par la suite afin de responsabiliser la victime aux actes commis par l’agresseur (C’est de ta faute si j’agis comme ça.), amenant la victime à douter d’elle-même, (C’est peut-être de ma faute?). L’agresseur en vient ensuite aux promesses de changements, devient beaucoup plus attentionné, ce qui réjouit la victime, car cela lui procure un peu d’espoir et le cycle recommence.

Stratégies familiales pour le maintien du secret de la violence conjugale
Négation

Par le père : Je n’ai aucun problème

Par la mère : Tu as dû rêver à ça, ton père et moi on ne s’est pas chicané hier soir. C’était probablement un film à la TV.

Par l’enfant exposé : Tout va très bien à la maison. Ma mère et mon père s’entendent très bien.
Blâme

Par le père : C’est vous le problème, n’importe qui se fâcherait avec une famille comme vous autres.

Par la mère : Si mes enfants étaient plus calmes et si je m’en occupais mieux, je suis certaine que ce serait plus facile pour mon mari.

Par l’enfant exposé : C’est vrai que je suis pas mal tannant...
Manipulation

Par le père: Toi, tu me comprends, tu es une bonne petite fille. Tu sais que j’agis pour le bien de tout le monde. Qui vous a payé les vacances l’an passé?

Par la mère: Ce n’est pas facile ces temps-ci, mais que veux-tu que j’y fasse? Aimerais-tu mieux que papa aille en prison?

Par l’enfant exposé: Je vais te prêter ma planche à roulette si tu ne parles pas de ce que tu as vu chez nous hier soir.      
Isolement

Par le père: Ce qui se passe à la maison, ça ne regarde pas les autres. Pas question de demander de l’aide.

Par la mère: Ne va surtout pas raconter ça à l’école. Ce serait mieux de garder ça entre nous. On va s’en sortir tout seul.

Par l’enfant exposé: Non, j’aimerais mieux que vous ne veniez pas à la maison. Peut-être on peut aller chez Alex à la place?
Menace

Par le père: Si jamais j’ai un appel de l’école, je ne suis pas fou et je vais tout de suite savoir que tu as parlé.

Par la mère: Je ne peux pas croire que vous avez raconté à grand-papa ce qui s’était passé. Je ne vous ramènerai plus jamais le voir!

Par l’enfant exposé: Oublie pas que je suis plus forte que toi et que je peux taper n’importe quand si tu racontes ce qui se passe entre papa et maman.
Banalisation

Par le père: Quand même, je l’ai toujours ben pas frappée!

Par la mère: Mes enfants sont trop sensibles, un simple accrochage entre moi et mon mari et les enfants fondent en larmes.

Par l’enfant exposé: S’engueuler, il n’y a rien là, tous les parents sont comme les miens.
Mensonge

Par le père: Mon fils invente toujours des histoires pour se faire valoir. C’est sa façon de se venger parce que je ne le laisse pas faire tout ce qu’il veut dans la maison.

Par la mère: Le coup de poing ne m’a pas fait mal. Si tu en parles, je vais dire que ce n’est pas vrai.

Par l’enfant exposé: Maman est partie pour quelques jours, mais juste pour aller visiter ma grand-mère qui ne va pas bien.
Jeu du sauveteur

Par le père: J’ai bien compris que tu n’aimais pas ça quand moi et maman on se chicane.Ne t’en fais pas, je m’en occupe et ça va changer.

Par la mère: Laisse-moi faire, maman va essayer très fort de tout arranger.

Par l’enfant exposé: Je pense que je vais rester à la maison ce soir, quand je suis là, mes parents se chicanent moins fort.

Côté I., Dallaire L-F, Vézina J-F, (2005) Tempête dans la famille, les enfants et la violence conjugale, Montréal, Les Éditions de l'Hôpital Sainte-Justine.

Le secret de la violence conjugale a des conséquences sur les enfants. Cette situation comporte des risques physiques et affectifs pour ceux-ci, car ils ne sont pas totalement conscients de l’étendue et de la sévérité de la violence ni du potentiel de danger. Beaucoup d’enfants apprennent qu’il est risqué d’admettre l’existence de la violence. Le fait de dénoncer ce qui se passe entre papa et maman pourrait avoir une conséquence stressante et culpabilisante pour eux: l’éclatement de la famille. Ils deviennent donc les enfants du silence, se débattent seuls dans une sorte de toile d’araignée. Ce terrible secret les isole de l’aide extérieure dont ils auraient pourtant bien besoin. 

L’enfant peut effectivement vivre à la fois dans un environnement conjugal violent et être lui-même victime de mauvais traitements qui prennent la forme d’abus et de négligence.

Quand le cycle de la violence est bien installé, certains enfants, particulièrement les plus vieux, développent des «antennes» et saisissent les premiers signes du climat de tension. Ils vont tout mettre en oeuvre pour en empêcher l’explosion: s’occuper du petit frère pour qu’il n’énerve pas papa, faire les dernières courses pour maman afin que le souper soit prêt à temps, offrir de garder la jeune soeur pour qu’ils puissent sortir pour qu’ils se changent les idées. Si le cycle de la violence n’est pas trop structuré, la paix revient. Déconcertés, mais soulagés et contents, les enfants voient les adultes se témoigner de l’affection et ils tentent de croire que la réconciliation, cette fois, est bien réelle. Ils pensent aussi que la vie en couple est ainsi faite. Certains seront même enclins, plus tard, à reproduire ce modèle dans leurs propres relations conjugales.

Dans de nombreux cas, les mères et les enfants vont en maison d’aide et d’hébergement, soit par leurs propres moyens soit accompagnés par les policiers. Ils y sont accueillis par des intervenantes très sensibilisées au stress et à la détresse causés par la situation d’abus qu’ils fuient et par l’anxiété de l’inconnu provoquée par un tel dérangement. Comme leur nom l’indique, ces maisons se veulent chaleureuses et à caractère familial. Dans la majorité de ces lieux d’hébergement, les enfants bénéficient d’un suivi individuel et de groupe, pendant le temps d’hébergement et même après le départ, dans certain cas. Comment l’enfant vit t-il ce déracinement? Les scénarios sont nombreux et varient en fonction de certains éléments:

 

  • âge de l’enfant (les adolescents présentent plus de difficultés d’adaptation);
  • sa capacité d’adaptation aux changements;
  • sa préparation à l’hébergement;
  • la façon dont le départ se déroule;
  • l’état de santé de la mère;
  • la capacité de la mère à s’occuper de l’enfant pendant le séjour;
  • le maintien ou la séparation de la fratrie;
  • la qualité des contacts père-enfant;
  • la poursuite au moins minimale de certaines habitudes de vie;
  • la fréquence des séjours dans des ressources d’hébergement (les adolescents réagissent par de la frustration et du désabusement s’ils connaissent plusieurs séjours);
  • le soutien donné à l’enfant et à sa mère dans la ressource d’hébergement.